18 septembre 2017

Pas plus que l'écume

Je n'aurai pas duré plus que l'écume
Aux lèvres de la vague sur le sable
Né sous aucune étoile un soir sans lune
Mon nom ne fut qu'un sanglot périssable

Yvan Goll


4 ans aujourd'hui que tu es MORTE...


23 mai 2017

Comme par surprise

Tu avances, plutôt bon gré que mal gré depuis quelque temps. Tu fais des projets, à court, moyen et long terme. Tu envisages même de fermer ce blog, faute d'inspiration. On peut le dire : malgré les souvenirs amers, les regrets que tu ne parviens pas à éteindre, les chansons que tu ne peux plus écouter les yeux au sec, tu vas plutôt bien, globalement.
Grâce à une certaine rencontre fin 2016, qui a peut-être éveillé des choses en toi, ou eu un simple effet placebo, ou purement coïncidé avec le bon moment au fond de toi.
Grâce au sport, auquel tu t'es enfin mise, depuis plusieurs mois, assidûment, et qui te fait du bien physiquement et mentalement.
Grâce au temps qui passe, aussi, certainement.

Et puis tu la vois arriver, l'air de rien. Tu te dis que ça va aller, que ton moral est suffisamment solide par ailleurs pour réussir à l'affronter, que tu ne vas pas poser un genou à terre juste à cause d'elle.
À mesure qu'elle se rapproche, tu l'observes, la toises, la guettes, comme pour la défier, et te rassurer un peu, aussi.
Tu ne parles pas d'elle, comme pour lui donner moins d'emprise sur toi.
Tu t'efforces de l'ignorer, comme pour la forcer à t'ignorer en retour.

Et finalement, elle est là. Tu te retrouves au pied du mur, tu ne peux plus l'éviter ni faire semblant et tu te la prends en pleine face, comme sans t'y attendre, comme si tu ne l'avais pas vue arriver, comme si tu croyais pouvoir la rayer, chaque année, de ta vie, de tes souvenirs et de tes pensées.

Cette putain de date anniversaire.
Cette putain de date qui a fait basculer ta vie, il y a quatre ans.
Celle qui n'arrive pas qu'aux autres, finalement.
Celle qui a donné un sexe, un prénom... et des malformations à ta fille.
Celle qui a rendu ta fille malade.
Celle qui a rendu ta fille mortelle.

Larme

17 janvier 2017

Avec et sans

Tu avances, tu ne réfléchis pas, tu te laisses emporter par le tourbillon de la vie, tu gères le quotidien. Et puis, de temps en temps, tu n’arrives plus à donner le change, à faire semblant, à te concentrer. Sans savoir pourquoi, sans raison apparente, sans date particulière, sans facteur déclenchant.
Ça ira mieux demain, certainement. Juste un jour « sans », probablement.

Comme pour reprendre ma dose de souffrance avant de repartir au front, histoire de ne pas oublier que, malgré les apparences, elle est toujours là, tapie, sournoise, préférant la surprise à l’habitude.
Comme pour ouvrir les vannes, laisser se déverser tout le flot qui m’envahit, faire semblant d’assécher pour mieux se laisser submerger, encore et encore. Remplissage, évacuation. Remplissage, évacuation. Le niveau ne se stabilisera-t-il jamais ?!

Ces jours-là, j’ai l’âme en miettes, le regard ailleurs, le manque à fleur de peau.
J’ai envie de m’enfermer dans ma bulle de mélancolie.
J’ai l’humeur à écouter tous ceux qui me parlent de toi sans même le savoir.

 

Parmi eux, il y a Benjamin Biolay.

« Si tu n'fleuris pas les tombes
Mais chéris les absents »

Je fleuris rarement ta tombe. J’y vais rarement ; je n’ai pas envie d’y aller, je n’en ai pas besoin non plus. Cela ne m’apporte rien d’y aller et ne m’enlève rien de m’en abstenir. Remarque, j’ai arrêté de culpabiliser de m’y rendre si rarement, quel progrès ! Heureusement, ma culpabilité a encore de quoi se nourrir avec tout le reste...

« Ça n'est pas ta faute
C'est ta chair, ton sang
Il va falloir faire avec
Ou... plutôt sans »

Choisir, mais subir. Subir ce que l’on a choisi. Il va falloir faire sans. Sans toi. « Avec eux » et « sans toi ». Pire, « avec eux » est « sans toi ».
Il y a toujours l’absence, en creux, et le silence, en écho.
Comme le négatif d’une photo.

 

Parmi eux, il y a Lynda Lemay.

« Qu'est-ce qu'il fout Dieu le Père
Quand il ne répond pas
Qu'a-t-il de tout puissant
Ce vieux fantôme-là
Qui n'lève pas le p'tit doigt
Pour sauver mon enfant »

Ça aurait été commode de croire en quelque chose pour supporter tout ça. J’ai souvent regretté de ne pas avoir la foi, que ce soit pendant ta grossesse, pour savoir quoi faire, ou depuis, pour savoir quoi en penser. Mais aucune grâce divine ni occulte ne m’a jamais touchée, ni avant, ni pendant, ni après. Je reste seule face à moi-même et à la décision que nous avons prise. Seule. Tous les « vous avez bien fait », « vous avez pris la bonne décision », « vous lui avez évité des souffrances », « vous avez fait ça pour elle » glissent sur moi, ruissellent le long de mes questionnements sans fin et se fracassent contre le mur de ma culpabilité.

Larme

Juste un jour « sans », probablement. Ça ira mieux demain, certainement.

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07 novembre 2016

Pour la vie

Être amies, c'est être présentes les unes pour les autres dans les pires moments de nos vies.

amies

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18 septembre 2016

Faute de conjugaison

Ça devait être plus que parfait
Tu devais être notre présent
Et notre futur
 
Malgré notre amour inconditionnel
Tu n’as été qu’un conditionnel
Et tu n’es plus qu’un im-parfait

Réflexion


3 (s)ans

Combien sommes-nous à savoir, au-delà de l’idée intime de la finitude de l’être humain, que notre enfant va mourir ? Cette idée qui plane au-dessus de notre tête et de nos jours de fête…

Combien sommes-nous à préparer la mort de notre enfant ?
Combien sommes-nous à savoir comment notre enfant va mourir ?
Combien sommes-nous à savoir pourquoi notre enfant va mourir ?
Combien sommes-nous à savoir de quoi notre enfant va mourir ?
Combien sommes-nous à savoir par qui notre enfant va mourir ?
Combien sommes-nous à savoir à cause de qui notre enfant va mourir ?
Combien sommes-nous à décider que notre enfant va mourir ?

Combien sommes-nous à être le spectateur de la mort de notre enfant ?
Combien sommes-nous à être – pire encore – le théâtre de la mort de notre enfant ?
Combien sommes-nous à en être le metteur en scène ?
Combien sommes-nous à en être le souffleur ?

Je ne sais même pas pourquoi je m’attarde sur ce « combien », car en réalité je me fiche de connaître ce nombre : il est trop grand, puisqu’il est. ll est trop grand, puisque j'en fais partie.

 

Je t’ai pris la vie
Tu as rendu l’âme
Mais je ne sais pas à qui

Larme

04 septembre 2016

Pas celle que vous croyez

Vendredi matin, Gaspard a fait sa première rentrée scolaire. À part quelques pleurs au moment où nous avons quitté la classe, tout s'est bien passé. De toutes façons, je n'étais pas spécialement inquiète : il ne parle que de l'école depuis des semaines, il est propre (même la nuit, je n'en demandais pas tant !), il retrouve quelques camarades de la crèche dans son école et même dans sa classe. Bref, je n'avais vraiment aucune raison de pleurer pour la rentrée de Gaspard.

Sauf que, alors que nous passions quelques minutes avec Gaspard (et Hector, venu accompagner son grand frère et qui s'est encore plus vite acclimaté à la classe !) le temps que son instit' accueille les autres enfants, je me suis effondrée, au vu et au su de tous les autres parents... Et cette situation m'a rappelé le credo de ma copine Hélène : ne jamais préjuger, ne jamais présumer ! J'ai dû passer pour une mère poule incapable de couper le cordon ou désespérée de voir son fils grandir trop vite. Et pourtant, ce n'était pas pour la rentrée de Gaspard que mes larmes ont coulé à flots, mais bien pour la non-rentrée d'Élise...

Alors ne présumez jamais, ne préjugez jamais, restez ouverts d'esprit. C'est ce que je m'efforce de faire aussi depuis un moment...

Neuropédiatrie

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29 mai 2016

Fête des mères

Fête des mères
Fête amère
Et éphémère

Fête des mères
Faite de chimères
Fête des mères
Fête des chimères

Fête des mères
Faites des mères
Des mères faites
Et défaites

Défaites des mères

Larme

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03 mai 2016

Un de plus

Ce matin, après l'inscription en mairie il y a quelques semaines, je suis allée inscrire Gaspard à l'école directement.

Rencontre avec la directrice tout ce qu'il y a de plus classique : "Bonjour-Madame-Bonjour-Gaspard-Tu-es-content-d-aller-à-l-école-?" et blablabla.

Arrive ensuite la question fatidique :
- Il a des frères et sœurs ?
- Une sœur jumelle décédée et un petit frère.
Et elle de noter, sous mes yeux, sur sa fiche d'inscription – seulement, uniquement, exclusivement : "Un petit frère".

Mais p*****, je viens de te dire qu'il avait AUSSI une sœur ! Jumelle, qui plus est. Décédée, certes. Mais une sœur quand même.
Et si je t'en parle - devant lui a fortiori – tu aurais peut-être pu comprendre :

  • que sa sœur existe pour nous,
  • que sa sœur existe pour lui,
  • que ce n'est pas un tabou pour nous,
  • que ce n'est pas un tabou pour lui,
  • que c'est important pour nous qu'elle soit reconnue.

Mais non, on est dans le "bête et discipliné", dans l'administratif, dans le "ça rentre pas dans les cases" alors on élude et on fait semblant de rien. C'est plus simple pour tout le monde. Pour tout le monde sauf pour nous.

Et un petit tour de couteau supplémentaire dans la plaie béante de mon cœur...

Larme

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14 avril 2016

On est bien peu de chose

Après l'hospitalisation de Hector la semaine dernière pour déshydratation, Gaspard a manqué de s'étouffer en mangeant ce soir... Au final, ils vont bien et c'est l'essentiel, mais il suffit de peu de choses pour que la fragilité de la vie se rappelle à nous...

Une gastro un peu virulente, une banale fausse route et les sentiments les plus oppressants remontent à la surface, charriant avec eux l'idée que tout peut - de nouveau - basculer...

Le deuil périnatal, c'est avoir tatouée dans son âme la certitude que l'idée de perdre un enfant peut devenir réalité.
Le deuil périnatal, c'est cette lucidité qui nous étreint le cœur à la moindre alerte.
Le deuil périnatal, c'est avoir gravée en soi l'idée que rien n'est acquis, jamais.

 

Le titre que j'ai choisi spontanément pour ce billet me rappelle une chanson que j'aimais déjà beaucoup avant Élise et qui résonne encore plus depuis elle :

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin

À l'aurore je suis née
Baptisée de rosée
Je me suis épanouie
Heureuse et amoureuse
Aux rayons du soleil
Me suis fermée la nuit
Me suis réveillée vieille

Pourtant j'étais très belle
Oui j'étais la plus belle
Des fleurs de ton jardin

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin

Vois le dieu qui m'a faite
Me fait courber la tête
Et je sens que je tombe
Et je sens que je tombe
Mon cœur est presque nu
J'ai le pied dans la tombe
Déjà je ne suis plus

Tu m'admirais hier
Et je serai poussière
Pour toujours demain

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Est morte ce matin

La lune cette nuit
A veillé mon amie
Moi en rêve j'ai vu
Éblouissante et nue
Son âme qui dansait
Bien au-delà des nues
Et qui me souriait

Crois celui qui peut croire
Moi, j'ai besoin d'espoir
Sinon je ne suis rien

Ou bien si peu de chose
C'est mon amie la rose
Qui l'a dit hier matin