08 janvier 2015

Le poids des mots

Aujourd'hui, dans une salle d'attente, une dame a engagé la conversation.

- C'est votre premier enfant ?
- Mon troisième.
J'ai volontairement évité de donner plus de précisions mais elle a enchaîné :
- C'est un garçon ou une fille ?
- C'est un petit garçon.
- Et vous avez déjà ?
- J'ai eu des jumeaux : un garçon et une fille, mais ma fille est décédée.
 
Je crois que c'est la première fois que je parle d'Élise à un(e) inconnu(e) en ces termes.
D'habitude, je n'aime pas le dire comme ça parce que j'ai l'impression non pas de trahir Élise mais de déguiser la vérité. Pourtant, aujourd'hui, c'était la réponse qui me convenait.
 
Quand je dis qu'Élise est décédée, les gens ne sont pas "invités" à se poser des questions, ils n'ont pas d'autre choix que de comprendre, admettre, reconnaître - de façon implicite et sans même en avoir conscience - que cela veut dire qu'Élise a vécu et existe.
Quand je dis qu'Élise est née sans vie, j'ai le sentiment que sa vie - c'est-à-dire le fait qu'elle ait vécu, même si ça n'a été qu'in utero - et son existence sont comme remises en cause, atténuées, dévalorisées - dans le sens où elles auraient moins de valeur que la vie et l'existence de Gaspard, par exemple.
Pourtant, je peux vous le garantir, Élise a vécu, Élise a existé, Élise existe. Je crois que je veux défendre cette réalité, cette vérité d'autant plus farouchement qu'il s'agissait de jumeaux. Jusqu'à ce mercredi 18 septembre 2013 à 12h15, il n'y avait AUCUNE différence entre Élise et Gaspard : ils étaient aussi vivants et présents l'un que l'autre, ils existaient autant l'un que l'autre. Je les ai portés tous les deux. Je les ai nourris tous les deux in utero. Ils avaient chacun leur cordon ombilical : c'est même mon mari qui les a symboliquement coupés tous les deux. Ils avaient chacun leur placenta : je les ai vus tous les deux après la délivrance.
 
Élise est née sans vie.
Cette dénomination en apparence si anodine fait pourtant une distinction loin d'être insignifiante : la naissance, la vie et la mort sont trois choses différentes. Elles ne se produisent pas nécessairement toujours dans le même ordre ; et quand elles se produisent dans un ordre différent de "l'ordre des choses", elles ne portent même pas leur nom.
Il faut dire que même (ou surtout ?) l'acte d'état civil qui concerne Élise reflète la perception erronée que certains peuvent avoir de la réalité que vivent les parents confrontés au décès, quelle qu'en soit la raison, de leur enfant avant sa naissance. Car le seul acte d'état civil qui sera jamais associé à Élise - cet "acte d'enfant sans vie" - ne lui reconnaît pas grand chose : elle n'est pas née, elle n'a pas vraiment vécu et de fait elle n'a pas pu mourir.
Nulle part il n'est fait mention de sa naissance. Pourtant, il a bien fallu qu'elle sorte, qu'elle quitte mon utérus, qu'elle vienne au monde, qu'elle naisse...
Nulle part il n'est fait mention qu'elle a vécu puisque le seul constat relatif à la vie la concernant est négatif : "sans vie".
Nulle part il n'est fait mention qu'elle est morte, puisque cela impliquerait de fait qu'elle a vécu.
Voilà ce que l'administration dit de cet être qui me manque tant et dont je dois, malgré tout, faire le deuil : il n'a pas vécu, il n'a donc pas pu mourir et il n'est même pas né. Alors pourquoi la société comprendrait-elle, appréhenderait-elle les choses différemment ?

Réflexion


07 janvier 2015

Charlie

Certains jours, je me demande si nous avons raison de faire des enfants dans un monde comme le nôtre et si Élise n'est finalement pas mieux où elle est.

Ce 7 janvier 2015 en fait partie.

Réflexion

Posté par Tannabelle à 16:04 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

06 janvier 2015

Fausse alerte

Malgré mon souhait, toute raison gardée, de voir Hector naître en 2014, il est désormais certain qu'il naîtra en 2015 puisque nous avons changé d'année il y a quelques jours et qu'il est toujours au chaud dans mon ventre ! J'y ai pourtant presque cru dans la nuit du dimanche 28 au lundi 29 décembre !...

Pendant la fermeture de la crèche pour les fêtes, mon bidon de 7,5 mois et moi devions garder Gaspard seuls trois jours d'affilée, mon mari travaillant les 29, 30 et 31 décembre. Pour ne pas prendre de risques, la fatigue commençant à se faire sentir, nous avions décidé que nous passerions le week-end précédent chez mes parents, à deux petites heures de route de chez nous, et que mon mari rentrerait seul le dimanche pour reprendre le travail le lundi matin pendant que je resterais chez mes parents jusqu'au 31 décembre après-midi pour qu'ils me soulagent un peu avec Gaspard.
L'avantage, c'est que cette solution nous a permis de passer du temps "près" d'Élise autour de Noël.
Le dimanche soir, mon mari est donc rentré seul en Normandie. J'en ai profité pour passer un peu de temps sur le blog en fin de soirée, justement pour parler de lui ! Au moment où je publiais le billet en question, Gaspard s'est réveillé en pleurs et a mis du temps à se calmer, à tel point que j'ai fini par le prendre avec moi dans le lit pour lui faire un gros câlin. À 2h30, Gaspard ne s'était toujours pas rendormi et je n'avais donc toujours pas commencé ma nuit. En revanche, j'avais remarqué depuis un petit moment l'apparition de contractions très fréquentes : toutes les cinq minutes, voire toutes les deux minutes. J'ai alors fait coup double en profitant du câlin avec Gaspard pour surveiller en toute tranquillité l'évolution de ces contractions.
Une demi-heure plus tard, le rythme était toujours aussi soutenu : un peu handicapée à la fois par les contractions et les 10 kg de Gaspard à extirper du lit, j'ai téléphoné à voix basse à ma mère, qui dormait à l'autre bout de la maison mais à proximité de son portable, pour ne pas réveiller mon père, ni mon oncle et ma tante en visite jusqu'au lendemain, afin qu'elle vienne m'aider. J'ai ensuite téléphoné aux urgences maternité de l'hôpital rouennais où je suis suivie, bien que me trouvant à plus de 150 km de là, pour obtenir leur avis. On m'a alors recommandé de me rendre à la maternité la plus proche si les contractions gardaient le même rythme dans l'heure suivante, ce qui n'a pas manqué de se vérifier.
Moi-même étonnée par mon calme (je ne parle pas de sérénité : bien qu'entourée de mes parents, j'étais tout de même loin de mon mari, loin de l'hôpital qui connaissait mon histoire, sans mon dossier médical - que j'avais pourtant hésité à emporter - et surtout j'étais impatiente d'être rassurée sur l'état de Hector), je me suis alors préparée. J'ai choisi des vêtements confortables ; j'ai passé un coup de brosse dans mes cheveux ; j'ai enfilé des chaussettes avec des étoiles et remis le bracelet étoilé offert par mon mari que j'enlève pour dormir afin qu'Élise soit avec moi, "au cas où" ; j'ai glané sur Internet quelques éléments sur la maternité dans laquelle je m'apprêtais à me rendre (j'ai été rassurée de voir qu'il s'agissait d'un établissement de niveau 2 - de toutes façons, la maternité de niveau 3 la plus proche était à une heure de route) ; j'ai passé en revue mes "particularités médicales" à signaler à l'équipe que j'allais rencontrer pour la première fois (la précédente grossesse, mon rhésus négatif, mon allergie à la pénicilline).
Vers 4h du matin, après avoir réussi à recoucher Gaspard, ma mère et moi avons donc pris la route pour la maternité du coin, située à quinze minutes de la maison - l'occasion pour nous de traverser les champs endormis mais animés par le ballet silencieux des biches et autres lapins. J'étais toujours calme, pas du tout paniquée, mais je n'arrêtais pas de parler ! ^^
Arrivée sur place, j'ai eu droit au trio gagnant analyse d'urine-examen gynécologique-monitoring, dont le bilan s'est montré rassurant : les contractions, certes rapprochées, n'étaient accompagnées d'aucun autre signe d'accouchement imminent ou d'urgence, le col étant encore fermé et tonique et le rythme cardiaque de Hector étant tout à fait normal. À la fin du monitoring, la sage-femme qui s'est occupée de moi m'a proposé des cachets pour stopper les contractions, ce que j'ai refusé d'une part parce que je préférais que tout se fasse le plus naturellement possible, d'autre part parce qu'elles restaient largement supportables. À vrai dire, dès le début du monitoring, j'avais même tendance à somnoler, sans doute rassurée par ces bonnes nouvelles et par le sentiment d'être entre de bonnes mains.
Nous sommes finalement rentrées à la maison peu avant 6h du matin, avec une nuit blanche et quelques émotions dans les pattes ! Dans la journée du lundi, j'ai particulièrement apprécié la présence de mes parents, qui m'ont laissée dormir jusqu'à 11h45 et m'ont même laissée faire une sieste de près de 3h l'après-midi, ce qui m'aurait été impossible seule chez moi avec Gaspard ! ;-)
Au final, ce n'était donc qu'une fausse alerte mais cela veut quand même dire que mon corps commence à se préparer, ce qu'il continue d'ailleurs de faire depuis 48h où les contractions sont de plus en plus nombreuses !
Mais avec tout ça, Hector naîtra début 2015, ce qui ne nous arrange ni pour les impôts (pour 2014, nous allons perdre la demi-part à laquelle nous avons eu droit avec Élise pour 2013 sans gagner encore la demi-part de Hector) ni pour sa future rentrée scolaire (qui interviendra alors qu'il aura 3,5 ans bien tassés). Évidemment, je plaisante ! Tout cela m'importe si peu, du moment qu'il vient au monde vivant et en pas trop mauvaise santé !

Posté par Tannabelle à 22:35 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

D'ici et d'ailleurs - Épisode 10

Le dernier bilan statistique digne de ce nom remonte à 5 mois précisément et le dernier chiffre date de près de 4 mois, alors que le blog venait de passer les 40000 visiteurs. Je m'étais pourtant promis de marquer le franchissement de ce nouveau palier avec un vrai bilan mais j'ai tant tardé que le blog a désormais passé la barre des 50000 visiteurs (depuis un moment, même) et va bientôt changer à nouveau de dizaine de milliers !

Au cours des derniers mois de 2014, les grumeaux et le haricot ont visité ces nouveaux pays :

  • Bulgarie
  • Malaisie
  • Pakistan
  • Slovaquie
  • Hong Kong
  • Rwanda
  • Géorgie
  • Haïti
  • Congo

Et voici la rétrospective (un peu longue, depuis le temps que je n'en ai pas publié !) des dernières recherches qui ont amené les visiteurs sur le blog en 2014, selon différentes catégories totalement arbitraires. J'innove avec ce bilan en essayant de relier les recherches Internet précises aux billets ou mots-clés correspondants, le cas échéant !

Anomalies

Blog

  • tannabelle et ses grumeaux
  • mes grumeaux et moi
  • blog grumeaux
  • Élise et Gaspard
  • jumeaux blog faire-part
  • Tannabelle
  • blog des grumeaux
  • mesgrumeauxetmoi
  • moi et mes grumeaux

Deuil périnatal

Divers

Écologie

Endométriose

  • l'endométriose est un handicap
  • Dr Chanavaz-Lacheray
  • chemin de vie et endométriose

Fait maison

Grossesse

  • nouvelle échographie
  • peur anomalies échographie deuxième trimestre
  • grossesse de 7 mois son ventricule gauche du cerveau mesure 10,4 mm
  • comment annoncer une grossesse en image
  • citation femme enceinte
  • les pires choses qu'on puisse te dire enceinte
  • annonce grossesse pieds
  • ventre grossesse pied
  • bébé dans le ventre à 8 mois mouvements
  • cap des trois mois bébé
  • annonce grossesse chaussures
  • 2ème grossesse annonce
  • annoncer grossesse grand frère
  • annonce grossesse humour
  • grossesse gémellaire évolution
  • cap des 3 mois
  • échographie de datation

Hein ?!

  • grumeau sein allaitement
  • règles et grumeaux
  • seche serviettes AMSTAD
  • bon garde d'enfant
  • activité mongole fière
  • grossesse sélective
  • ventricules latéraux foetus en arabe
  • mobile étoile maternelle
  • culotte enceinte donne des vergetures

IMG/ISG

Jumeaux

Musique

Tatouage/Piercing

  • piercing sur le côté du ventre
  • piercing nombril position pour dormir
  • piercing près de la lèvre
  • piercing nombril
  • tatouage jumeaux
  • tatouage ventre après grossesse / tattoo ventre après grossesse / tatouage enceinte / tatouage côte et grossesse
  • tatouage deuil périnatal
  • tatouage côtes femme enceinte avant après
  • tatouage sur gros orteil
  • tatouage empreinte / tatouage empreinte bébé / tatouage empreinte main
  • piercing nombril vergeture / vergeture piercing nombril
  • tatouage sur le ventre
  • tatouage avant-bras homme prénom écriture latino
  • tatouage page qui se tourne
  • tatouage vergeture / tatouage sur vergetures ventre / tatouage sur vergeture bras / tatouage sur vergeture ventre

Ventre

Vergetures

Via Canalblog

Statistiques

Posté par Tannabelle à 14:41 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

05 janvier 2015

Return to zero

J'ai plusieurs billets en tête depuis quelques jours mais j'ai préféré, aujourd'hui, m'adapter à l'actualité. Et l'actualité du jour, c'est l'annonce de la diffusion à la télévision française du film Return to zero, réalisé par Sean Hanish à partir de sa propre histoire, celle du décès in utero de son fils Norbert, à quelques jours du terme, en 2005. Ce film est en réalité le premier (et, pour l'instant, le seul) film consacré au deuil périnatal : vous imaginez aisément ce qu'il représente pour les parents endeuillés.

Return to zero 1

Après quelques avant-premières mondiales et une diffusion télévisuelle dans plusieurs pays en 2014, le film arrive enfin en France. Malheureusement, il n'aura pas l'honneur de sortir au cinéma, le sujet n'étant pas assez attractif ni rentable, évidemment.
C'est TF1 qui a acheté les droits et, alors que la diffusion était attendue pour 2014, le film sera finalement/enfin diffusé le vendredi 16 janvier à 15h15, sous le titre Un berceau sans bébé.

Grâce à une amie vivant en Grande-Bretagne, où le film a été diffusé en mai dernier, j'avais récupéré la version anglaise et des sous-titres anglais il y a plusieurs mois déjà mais n'avais pas encore trouvé la force de le regarder. Sans doute parce que mon mari ne l'aurait pas regardé sans au moins des sous-titres en français et que je ne voulais pas le regarder seule. Avec cette version française désormais bientôt accessible, je n'aurai plus d'excuse.

On peut regretter le jour et l'heure de diffusion, qui en font un "téléfilm de l'après-midi" parmi d'autres.
On peut aussi se réjouir qu'il soit diffusé sur une chaîne gratuite à large audience.
On peut par ailleurs espérer qu'il sera disponible en replay dans les jours suivant sa diffusion.

Il ne tient qu'à nous, à qui ce film tient tant à cœur, de communiquer sur sa diffusion et d'en faire la promotion autour de nous !


31 décembre 2014

2014

Nous allons bientôt changer d'année. Mon sentiment à cet égard est moins douloureux, moins violent que l'an passé - sans doute la preuve que le temps, ce traître de temps qui passe, fait son oeuvre.

Car le temps qui passe fait grandir Gaspard et me rapproche de l'arrivée de Hector.
Mais le temps qui passe m'éloigne de toi, ma fille, qui ne grandiras jamais, qui seras pour tes frères "la-grande-soeur-qui-restera-toujours-petite".

Aujourd'hui, et pour quelques heures à peine encore, je peux dire que tu es née, ou morte, "l'an dernier".
Bientôt, ce ne sera plus vrai et je devrai rajouter du temps au temps. Bientôt, il me faudra compter en années et non plus en mois. Bientôt, si ce n'est pas déjà fait, on jugera que je te pleure depuis trop longtemps déjà, que je te pleure trop tout court. Peut-on jamais trop pleurer son enfant ?...

Posté par Tannabelle à 20:23 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

29 décembre 2014

Le papa

J'ai souvent entendu dire qu'une femme devient mère le jour où elle se sait enceinte.
J'ai souvent entendu dire aussi qu'un homme devient père le jour où son enfant naît.
Il y a sans doute une part de vérité dans ces deux phrases.
Mais il y a aussi des hommes qui deviennent pères bien avant la naissance de leur enfant.
Il y a des hommes qui imaginent, pensent, rêvent leur enfant alors même qu'il tarde à arriver.
Des hommes qui font un bébé dans leur tête avant de le faire en vrai.
Des hommes qui assistent à tous les rendez-vous du parcours d'AMP, même les facultatifs.
Des hommes qui passent et repassent tous les examens médicaux de bonne grâce parce qu'ils jugent normal de faire leur partie du boulot dans ce parcours d'AMP.
Des hommes qui s'impliquent dans la grossesse espérée autant que les traitements de stimulation de la fertilité le leur permettent.
Des hommes qui prennent des jours de congé "juste" pour accompagner leur femme lors des ponctions d'ovocytes ou de kystes ou lors des transferts embryonnaires.
Des hommes qui assument tout dans la maison "juste" parce que leur femme doit se ménager pour favoriser l'implantation des embryons replacés.
Des hommes qui sont aussi déçus que leur femme par les tentatives de FIV infructueuses.
Des hommes qui sont aussi heureux que leur femme par le transfert réussi de deux embryons, confirmé par le premier test de grossesse positif de leur couple.
Des hommes qui sont aussi inquiets que leur femme lorsqu'elle perd du sang en début de grossesse.
Des hommes qui sont aux petits soins pour leur femme qui doit se reposer pour favoriser la résorption du décollement placentaire à l'origine des saignements.
Des hommes qui empruntent les mêmes montagnes russes que leur femme lorsqu'on leur annonce qu'un des deux embryons ne vit plus, puis qu'il n'y a jamais eu qu'un seul embryon et enfin que les deux embryons vivent toujours.
Des hommes qui sont aussi soulagés que leur femme lors de la première échographie officielle qui confirme que les deux bébés vont bien et que le décollement placentaire est en voie de résorption.
Des hommes qui tombent d'aussi haut que leur femme lors de l'échographie suivante qui révèle, sans prévenir, que leur petite fille ne va pas bien.
Des hommes qui prennent un jour de congé pour assister au rendez-vous de diagnostic anténatal et soutenir leur femme pendant l'amniocentèse.
Des hommes qui ont besoin, comme leur femme, de voir la psychologue après l'annonce des malformations de leur bébé à venir.
Des hommes qui, comme leur femme, se posent des milliers de questions sur la suite de la grossesse, l'avenir de leur bébé malade, le futur de leur famille à peine en construction.
Des hommes qui, même si leur consentement n'est pas officiellement requis, participent autant que leur femme à la pire décision concernant la vie de leur enfant.
Des hommes qui sont aux côtés de leur femme à chaque instant de la grossesse, le jour comme la nuit, à la maison ou à l'hôpital.
Des hommes qui profitent de leur enfant autant que la barrière du ventre de leur femme le leur permet.
Des hommes qui préparent avec leur femme l'arrivée si particulière de leur enfant.
Des hommes qui tiennent la main de leur femme lors du geste fatidique pratiqué sur leur bébé dans le ventre de leur femme.
Des hommes qui soutiennent leur femme dans chaque contraction qui les rapproche de la naissance sans vie de leur enfant.
Des hommes qui coupent le cordon de leur enfant né sans vie.
Des hommes qui bercent leur enfant né sans vie.
Des hommes qui puisent au plus profond d'eux-mêmes la force de prendre des photographies de leur enfant décédé parce qu'ils savent qu'ils n'auront pas de seconde chance.
Des hommes qui ont la douloureuse fierté de porter le cercueil de leur enfant jusqu'à la tombe.
 
Et malgré tout ça, certains pensent encore que "c'est moins difficile pour le papa" ou que "c'est surtout pour la maman que ça doit être dur".
Alors qu'il suffirait de presque rien pour adoucir, ne serait-ce qu'un peu, ne serait-ce que l'espace d'un instant, la peine du papa... Par exemple en lui demandant, à lui, comment il va - au lieu de lui demander des nouvelles de la maman, comme si lui n'avait pas perdu d'enfant. Par exemple, si vous avez un cadeau destiné au bébé décédé, en l'offrant aux deux parents - au lieu de le tendre uniquement à la maman. Par exemple.
Tout simplement en considérant, dans vos gestes et vos paroles, que le papa aussi a perdu un enfant, que le papa aussi est en deuil, que le papa aussi souffre de l'absence de sa fille. Parce que c'est tout simplement la vérité.

Posté par Tannabelle à 01:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

24 décembre 2014

Conte de Noël

C'est un conte de Noël que j'ai découvert l'an dernier déjà. Depuis, il "tourne" régulièrement entre les parents endeuillés.
Je ne sais pas s'il m'aurait autant touchée il y a plusieurs mois de cela, je l'aurais peut-être trouvé "gnangnan". Toujours est-il qu'aujourd'hui il me parle et m'émeut. J'y lis l'espoir que mon Élise reçoive, au plus profond et au plus pur de son âme, tout l'amour que j'ai pour elle, particulièrement en ces moments censés être partagés en famille.

Comme souvent sur Internet, les pillages et autres emprunts sont nombreux et loin de moi l'idée de m'approprier ce qui ne m'appartient pas. J'espère simplement honorer le bon auteur de ce texte en citant Céline Claire.

Sac velours bleu

C’est la nuit de Noël… Il est très tard… Si tard que seules quelques lumières oubliées clignotent encore dans la ville. Si tard que tous les yeux sont profondément fermés. Si tard que la ville est entièrement recouverte d’un fin manteau de givre glacé…

Dans le silence flottent neuf carillons qui tintinnabulent à chaque saut des rennes… Le Père Noël n’a pas fini son travail. Il est éreinté mais continue inlassablement à remplir les cheminées des maisons endormies…
Enfin le dernier paquet…
Le Père Noël est heureux pour ses rennes aussi : il les sent épuisés de tant de kilomètres parcourus, tirant un traîneau qui, au lieu de s’alléger, semblait de plus en plus lourd au fur et à mesure de la distribution. Le Père Noël ne comprend pas. Pourquoi tant de fatigue ? Et cette impression de labeur non fini ?

Le Père Noël attrape le dernier cadeau : vraisemblablement un cheval à bascule vu la forme et la grosseur du paquet.
Il le soulève avec peine et court le déposer au pied du sapin. Il remonte dans son traîneau, fait claquer sa langue, et les rennes se remettent péniblement en marche…
Pourquoi tant de mal ? Le traîneau est pourtant vide maintenant.
Comme animé d’un soupçon, le Père Noël se retourne… Et ce qu’il voit le remplit de stupeur : cachés au fond du traîneau, longtemps dissimulés sous le cheval à bascule, une multitude de petits sacs de velours bleu attendent sagement.

Qu’est-ce ?
Le Père Noël n’en croit pas ses yeux. Ce n’est pas lui qui a déposé tout cela… Il se rappelle chaque jouet fabriqué, chaque cadeau emballé, chaque désir d’enfant. Et quel enfant réclamerait un petit sac de velours ?
Le Père Noël ordonne aux rennes de s’arrêter, il descend du traîneau et saisit un de ces sacs.
Stupeur !
Il est gonflé à bloc et lourd comme du plomb ! Le Père Noël le regarde longuement, le tourne et le retourne sans oser l’ouvrir. Il réfléchit, retrace le fil de sa tournée, persuadé que ces cadeaux n’étaient pas là quand il a embarqué.
C’est alors qu’il se rappelle…
Lors de sa tournée, il a vu sortir de quelques-une des maisons un papa ou une maman et s’approcher discrètement du traîneau. Il n’a guère fait attention : le Père Noël se soucie plus des enfants que des adultes… mais il se pourrait fort bien que ces parents aient glissé un petit paquet dans le traîneau…

Cherchant la clé de ce mystère, tournant et retournant le petit sac, il découvre, brodé sur le ruban qui le ferme, un prénom d’enfant…
Chaque sachet serait donc destiné à un petit ?
Une douceur infinie traverse le regard usé du Père Noël…
Il a compris.
Alors il remonte dans son traîneau, fait claquer sa langue, se cambre sous l’allure des rennes repartis au triple galop et les guide à travers la ville et le froid.
Ils montent, dépassent les lumières, glissent sur les nuages pour un pays que tous imaginent sans jamais le connaître.

Une multitude d’enfants impatients l’attendent en file indienne.
Ils ont interrompu leurs jeux à l’écoute des carillons et se tortillent d’aise à l’envie d’avoir leur cadeau…
Ils n’attendent pas de jouets, de poupées ou de camions… Ils attendent un simple petit sac de velours bleu. Des étoiles brillent déjà dans leurs yeux et les regards filent du côté du traîneau.

Le Père Noël prend un des sacs si lourds entre ses mains, soulève le ruban qui le ferme et lit le prénom brodé.
Aussitôt, le visage d’un petit garçon en habit de prince s’éclaire. Il s’avance timidement et tend ses mains. Le sac qui semblait de plomb se fait plume ! L’enfant sourit, défait d’un geste le ruban et surgissent alors une multitude de bisous, chatouilles, câlins et caresses qui retombent comme une pluie de bonheur sur les cheveux, les mains, les joues du garçonnet qui éclate de rire sous cette tendresse attendue.
Autour de lui, comme un écho à sa joie, d’autres sacs se distribuent, d’autres rubans se défont, d’autres rires retentissent…
Le pays imaginaire n’est plus qu’un immense éclat joyeux qui carillonne plus fort encore que les clochettes des rennes…

Car une maman restera toujours une machine à faire les bisous, un papa restera toujours une machine à faire les câlins et l’amour trouvera toujours un messager pour arriver à son destinataire.

Posté par Tannabelle à 12:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

17 décembre 2014

Troisième, bordel !

Je savais que mon directeur brillerait à nouveau par son intelligence avant mon départ en congé maternité, prévu à la fin de la semaine. Cette fois encore, il ne m'a pas déçue !

Hier midi, à l'occasion du repas de fin d'année de l'entreprise, nous étions réunis au restaurant. Pour seul représentant du groupe auquel notre société appartient, un dirigeant qui ne connaissait pour ainsi dire quasiment personne de notre entité. Alors que je posais une question rapide à une collègue assise à une autre table, autour de laquelle siégeaient également ma chef, mon directeur et ce dirigeant, ce dernier a remarqué mon bidon quelque peu proéminent :-) Il s'est alors demandé, plus auprès de ses voisins de table que de moi, s'il s'agissait de mon premier enfant. Juste au moment où je rejoignais ma table, j'ai entendu mon directeur répondre, pour faire comme s'il était proche de ses employés et très au courant de leurs situations personnelles : "Deuxième". J'ai corrigé, pourtant à voix haute, "Troisième" mais je n'ai pas été entendue. J'ai toutefois été agréablement surprise d'entendre ma chef commencer à rectifier : "Deuxième grossesse mais...". Je n'ai pas entendu la suite, je n'ai pas voulu m'attarder alors que la conversation, bien que me concernant on-ne-peut-plus directement, ne m'impliquait pas. Je ne sais donc pas ce qu'elle a dit à propos de ma première grossesse ou d'Élise, mais je sais qu'elle a au moins nuancé la contre-vérité assénée par mon directeur.

Ça peut paraître anodin, on peut me reprocher de faire tout un plat de ce qui passerait aux yeux de beaucoup pour une simple anecdote, mais ça m'a vraiment affectée. Je sais qu'il est irrécupérable mais je ne peux me résoudre à ce que l'existence de ma fille soit bafouée à ce point.
Je lui en veux de ne rien comprendre, de ne rien vouloir comprendre.
Je lui en veux de ne pas reconnaître l'existence d'Élise.
Je lui en veux de ne pas me reconnaître en tant que mère d'Élise.
Je lui en veux de réussir - en un rien de temps, en un seul mot lâché négligemment - à me miner.
Je sais que cette colère et cette rancoeur sont négatives et viennent me polluer à un moment où je n'en ai vraiment pas besoin mais je n'arrive pas à "lâcher prise" par rapport à ça. C'est d'ailleurs pour cela que j'en parle sur le blog, même si ce billet peut paraître "inconsistant" : pour me libérer un minimum. Tout ce que j'écris, ici ou ailleurs, c'est toujours ça qui tourne un peu moins en boucle dans ma tête.

A-t-il besoin que je lui impose des photos de ma fille ? (Je reviendrai d'ailleurs sur ce sujet un jour prochain...)
A-t-il besoin que je lui raconte mon accouchement de deux bébés ?
A-t-il besoin que je lui montre le rapport d'autopsie ?
A-t-il besoin que je l'emmène sur sa tombe ?
De quoi a-t-il besoin, à part d'un cerveau et d'un coeur, pour comprendre qu'Élise a été et qu'elle existe ?!

Pourtant, il est l'une des personnes les mieux placées pour savoir, de façon très concrète, que Hector est mon troisième enfant : s'il était mon deuxième enfant, comme il se borne à le penser, mon congé maternité durerait 16 semaines et non 26, une différence pourtant conséquente quand il faut remplacer sa salariée absente !

colère

Posté par Tannabelle à 11:49 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

14 décembre 2014

Vivant - Ben Mazué

Audio

Il y a quelques jours, l'émission musicale Alcaline de France 2 a mis à l'honneur Ben Mazué, que mon mari et moi avions découvert par hasard il y a quelques mois, notamment à travers une chanson qui nous avait bouleversés. Et c'est précisément cette chanson qui a été diffusée jeudi soir.

En prime, voici les paroles de ce petit bijou de poésie et d'émotion :

Je t’écris depuis ma chambre
Depuis le mois de septembre
Depuis que les choses ont changé
Je t’écris les mains qui tremblent

C'est plus facile de s'interdire de l’évoquer
Je pense à toi mille fois par an

J'essaie pas de faire autrement
Même s'ils me disent de laisser
Le temps faire ses affaires
Pour te garder vivante
Je te raconterai l’ardente épopée
De ton équipe d'hier

Je ne pallierai pas l'absence
C'est tout le bien que je me souhaite
De rappeler ton élégance
De faire tout pour que ça reste
Je ne pallierai pas l'absence
C'est tout le bien que je me souhaite
De rappeler ton élégance aux gens
De faire tout pour que ça reste vivant
Vivant

Je t’écris depuis mon antre
Depuis le mois de novembre
Depuis que le froid s'est pointé
Après le déni vient la colère

Comme je suis pas très énervé
Je me dis que j'ai pas trop avancé
Mes affaires
Pas mal, Milan grandit ça c'est normal
Chaque fois je réalise que je peux pas
T'appeler pour ses progrès
Je me dis que la mort mène d'un regret
Mais aussitôt j'égalise

Je ne pallierai pas l'absence
C'est tout le bien que je me souhaite
De rappeler ton élégance
De faire tout pour que ça reste
Je ne pallierai pas l'absence
C'est tout le bien que je me souhaite
De rappeler ton élégance aux gens
De faire tout pour que ça reste vivant
Vivant

Vivant

Je t’écris du 23ème étage
Je te parle comme on parle aux mirages
Et je me souviens
Quand je t'ai dit de mourir sereine
Que je serai solide que j'ai de la peine
Mais que tu m'as donné les armes
Tes réponses mon credo

Sont gravées sur mes abdos
C'est pas comme ça qu'on tourne la page
Tes conseils tatoués
Cicatrisés au sel
Dans chacun de mes virages
Y aura ton visage

Je ne pallierai pas l'absence
C'est tout le bien que je me souhaite
De rappeler ton élégance
De faire tout pour que ça reste
Je ne pallierai pas l'absence
C'est tout le bien que je me souhaite
De rappeler ton élégance
De faire tout pour que ça reste
Vivant vivant vivant
Vivant vivant vivant
Vivant vivant vivant
Vivant vivant vivant

Faire tout pour que ça reste...

Posté par Tannabelle à 11:43 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,