11 juillet 2014

Troisième

Pour Élise et Gaspard, on avait fait ça "en grand". Cette fois, on fait les choses différemment.

 

Mais de quoi parle-t-elle ?! (#1)

Mais de quoi parle-t-elle ?! (#2)

Mais de quoi parle-t-elle ?! (#3)

 

Ça, c'était juste pour l'annonce mais je vous reparlerai bientôt de tout ce que ça implique...

Posté par Tannabelle à 09:48 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,


30 juin 2014

Prénatalités

Vidéo

Documentaire diffusé sur Arte
Date : 27 juin 2014
Durée : 53 mn

23 juin 2014

Psychiatre - Non-épisode 4

Lors du dernier rendez-vous avec la psychiatre, auquel mon mari a assisté, j'ai eu le sentiment de tourner en rond : rien de nouveau n'a été dit ni envisagé. C'est pourquoi je n'y ai pas consacré de billet spécifique, contrairement aux deux premiers.

Je crois que le discours de mon mari l'a rassurée. J'ai pourtant l'impression qu'il n'a fait que répéter ce que je lui avais déjà dit moi-même mais sans doute qu'une nouvelle fenêtre sur ma vie et mon état lui aura permis d'avoir plus de certitudes sur moi.
Elle est toutefois restée sur son idée de traitement, sans chercher à me l'imposer pour autant.

Nous étions convenues de nous revoir la semaine prochaine, elle et moi. Mais depuis deux semaines, j'ai compris que ces rendez-vous me font plus de mal que de bien, ne m'aident pas et auraient plutôt tendance à me faire replonger.

J'ai donc décidé d'une part de ne pas prendre de traitement anti-dépresseur, d'autre part de carrément arrêter de voir cette psychiatre. Je me contenterai de nos rendez-vous avec la psychologue.

Je viens de lui expliquer ma décision par téléphone.
Je me sens soulagée. Comme si mon deuil redevenait normal, comme si je reprenais un semblant de contrôle dessus.

Posté par Tannabelle à 14:25 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

19 juin 2014

Le jour et la nuit

Après les derniers billets un peu plombants, place à un billet plus léger ! Du plombant, du léger : c'est comme ça que je reste les pieds sur terre et la tête dans les étoiles ! ^^

Je suis fière de vous annoncer que Gaspard utilise désormais 100% de couches lavables, le jour comme la nuit !
Idem pour les lingettes : des lavables colorées pour les fesses et des lavables beiges pour le visage, histoire de limiter les risques d'inversion (dans un sens, ça passe ; dans l'autre c'est moyen ! ;-))
Résultat : les produits jetables pour Gaspard se limitent donc désormais aux coton-tiges pour les narines et les oreilles (je n'utilise pas le même pour ces deux endroits, rassurez-vous !) et à quelques couches en dépannage en cas de retard de lessive notamment.

Quelles couches lavables ?

Cela fait déjà quelques mois que le tout lavable a été mis en place la journée ; pour la nuit, c'est un peu plus récent mais tout aussi concluant et le système est le même.

Il existe de nombreux systèmes de couches lavables et j'avoue que je suis loin d'être une experte. Au moment de me lancer, je n'ai pas écouté LE conseil que j'ai retrouvé partout : louer plusieurs systèmes et modèles avant d'investir dans celui qui convient.
J'ai trouvé un site qui m'a inspiré confiance (http://www.lulu-nature.com) et j'ai choisi le système qui m'a le plus convaincue : couche + culotte de protection (également appelée surcouche).

Couche de jour                                   Couches de nuit                                       Surcouche
Couche diurne Couche nocturne Culotte de protection

Je parlais déjà de couches lavables avant de tomber enceinte ; je pense que j'aurais donc tenté l'expérience même avec un congé maternité pour un seul bébé et même sans congé parental. Mais ces quelques mois entre l'arrivée des grumeaux et ma reprise du travail prévue pour septembre m'ont donné le privilège de pouvoir prendre mon temps pour passer du jetable au lavable.
J'ai donc eu tout le loisir d'attendre avec patience et abnégation que les couches lavables atteignent leur capacité maximale d'absorption après une dizaine de lavages en machine.

Et le porte-monnaie, il va comment ?

Bien, merci - même si la fin du congé parental mi-juillet et donc le retour à une rémunération (et non plus une indemnisation) seront les bienvenus :-)
Trêve de plaisanterie, l'un des arguments en faveur des couches lavables est que leur coût de revient - des premiers mois à la propreté, et lessives incluses - est inférieur à celui des couches jetables. J'ajouterai un seul bémol : la facture finale est certes moins douloureuse avec les couches lavables mais il faut tout de même avoir les moyens d'investir d'un coup ou presque. A titre d'exemple, le jeu complet de Gaspard a coûté autour des 700€ (couches, surcouches, sacs à couches pour les sorties, seau à couches).

En résumé, le choix du système de couches, c'est comme l'achat d'une maison : les jetables, c'est un crédit à la banque (en l'occurrence, c'est surtout la planète qui paie sans jamais être remboursée, à mon avis) et les lavables, c'est un achat comptant. Pour la maison, on a dû demander au banquier ; pour les couches, on a pu investir tout de suite.

Et les lessives, justement ?

Cette première étape passée, il m'a fallu trouver, après quelques tâtonnements, le mode de fonctionnement idéal pour les lessives. Au début, je lavais les couches et les culottes de protection ensemble. J'essayais toujours d'anticiper un peu pour avoir au moins un ou deux jeux d'avance pendant le lavage/rinçage/essorage/séchage mais je me retrouvais vite coincée. J'ai donc trouvé trois parades qui m'ont donné toute satisfaction :

  • investir dans quelques couches et culottes supplémentaires pour avoir plus de latitude dans les tournées de linge (au final, mon stock se compose de 18 couches, 9 culottes petite taille et 9 culottes grande taille pour plus tard - de mémoire, c'est la quantité souvent recommandée sur les différents sites et forums),
  • laver les couches séparément du reste du linge de Gaspard avec lequel je lave désormais également les culottes,
  • quand c'est possible, réutiliser les culottes une fois avant de les laver en alternant avec une propre un change sur deux : Gaspard a sur les fesses une couche propre à chaque fois et une culotte propre une fois sur deux en moyenne, le temps que la culotte déjà utilisée une fois s'aère.

Depuis que j'ai adopté ce système, ça tourne et les ruptures de couches ou culottes propres sont rares. Evidemment, les couches lavables impliquent quelques lessives supplémentaires mais elles se limitent à trois par semaine, maximum. Vraiment pas la mer à boire quand on est convaincu de leurs bénéfices !

Et ce qui est top, c'est que le papa joue le jeu sans rechigner ! :-)

Et la nuit, alors ?

La première nuit où tu tentes la couche lavable, je te conseille vivement de ne négliger aucun détail. Sinon, voici ce qui risque de t'arriver :

1. te lever à 2h du matin, la tête pas franchement à sa place,
2. te rabattre sur une couche jetable parce que :

  • tu n'as pas encore compris ta boulette,
  • tu te dis bêtement (soyez indulgent : rappelez-vous qu'il est 2h du matin !) que la production nocturne de la vessie de ton enfant est tout simplement supérieure à la capacité d'absorption de la couche en question,
  • tu n'as pas envie de te lever trois heures plus tard pour le changer à nouveau.

3. lui mettre un body, un pyjama et une gigoteuse propres,
4. te rendormir,
5. te réveiller en te disant que c'est bien dommage d'avoir investi dans des couches lavables "spécial nuit" si ton bébé est un gros pisseur,
6. mettre trois semaines à te laisser séduire par l'idée de retenter l'expérience nocturne, de peur de casser ses loooooongues nuits de 14 heures (et ton sommeil à toi aussi - sans parler de celui de ton mari qui bosse, lui),
7. vérifier sur le site où tu as acheté les couches que tu as bien respecté toutes les précautions d'usage,
8. te rendre compte que tu as bien lavé les couches plusieurs fois avant d'y glisser ton bébé afin qu'elles atteignent plus rapidement leur capacité maximale d'absorption,
9. mais surtout te rendre compte que tu as juste oublié la culotte de protection entre la couche et le body.

 

Lessive de couches
Quand je ne sais pas quoi faire de Gaspard, je l'installe devant
une tournée de couches et je suis tranquille pour deux heures !
;-)

Et pour ceux qui se poseraient la question, les couches lavables auraient été adoptées même si Élise avait été là.

Posté par Tannabelle à 15:30 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

03 juin 2014

Ce que je ne supporte pas

Je savais que mon dernier billet ferait réagir mais je ne pensais pas que ce serait à ce point-là.

Je ne veux blesser ou offenser personne à travers ce nouveau billet. Je veux simplement expliquer ce qui m'aide et ce qui ne m'aide pas, par rapport à la psychiatre, mais pas seulement. Je sais que chacun des conseils et avis que j'ai reçus est guidé par la bienveillance et l'affection mais je vous assure que ça ne m'aide pas.

 

Je ne supporte pas qu'on me dise que nous avons pris la bonne décision pour Élise, que nous avons bien fait, comme si on balayait d'un revers de la main les doutes et les questions qui nous ont assaillis et qui nous assaillent encore, comme si la décision qu'on a prise était une évidence, comme si la vie d'Élise valait si peu qu'on peut la nier en quelques mots à peine, comme s'il suffisait de jouer à se faire peur en faisant semblant de se poser la question pour trouver la réponse.
Mon mari et moi avons, nous aussi, joué à nous faire peur au début de ma grossesse, avant que notre vie ne bascule. Comme beaucoup de parents, nous nous sommes posé ce qui nous semblait alors être "la" question : et si notre enfant est trisomique ? Chacun de nous avait sa réponse toute prête, qui n'était pas la même. Et puis la réalité nous a rattrapés. Ce n'était pas la trisomie, c'est vrai, mais nous avons dû nous poser la question pour de vrai et surtout trouver une réponse.
Chacun peut avoir ses a priori mais je vous jure - et je parierais ma vie là-dessus - que personne ne peut savoir avant d'y être confronté pour de vrai. Le regard extérieur est toujours plus confortable, croyez-moi. Seuls ceux qui se sont posé la question pour de vrai - quelle qu'ait été leur décision d'ailleurs - peuvent prétendre comprendre.

 

Je ne supporte pas qu'on juge à notre place du meilleur moment où nous pourrons concrétiser notre nouveau désir d'enfant. Certains nous sentent prêts ; d'autres nous conseillent d'attendre avant de relancer les essais bébés. Alors qui écouter plus que l'autre et pourquoi ? Mon mari et moi sommes les seuls à savoir si le moment est venu.

 

Je ne supporte pas que les gens - des inconnus, des connaissances - croient que je vais "mieux", voire "bien", uniquement parce que je souris devant eux. Croient-ils que le chagrin me fait oublier toutes les règles de savoir-vivre et de civisme ? Croient-ils que c'est devant eux que je vais m'effondrer ? Croient-ils que c'est à eux, que je connais si peu et qui croient détenir la vérité sur le deuil que nous avons à faire, que je vais confier mon mal-être et mes doutes ?

 

Je ne supporte pas qu'on me conseille ou déconseille de prendre un traitement anti-dépresseur, sous couvert d'une quelconque expérience. Ça fonctionne pour elle, ça n'a pas marché pour lui, ça a fait pire que mieux pour elle ? Et alors ?! Chaque situation de vie où l'opportunité d'un traitement anti-dépresseur est apparue avant d'être confirmée ou rejetée est différente. Les conseils que j'ai reçus dans un sens ou dans l'autre émanent de personnes confrontées à des situations différentes. Parce que chacun prend le chemin qu'il peut et qu'il veut. Mon mari et moi avons perdu le même enfant dans les mêmes circonstances et pourtant nous n'empruntons pas tout-à-fait le même chemin. Alors, même si la question d'un tel traitement s'était posée pour ces personnes suite au deuil périnatal d'un jumeau dû à une interruption de grossesse, cela ne suffirait pas à me convaincre de suivre leur voie.

Pour l'instant, lorsque j'envisage ce traitement, je me dis qu'il pourrait peut-être m'aider temporairement, me maintenir la tête hors de l'eau jusqu'à ma reprise du travail fin septembre mais pas au-delà. Mais il restera de toutes façons artificiel.
Et puis, si je prends ce traitement, où en serai-je quand j'arrêterai ? Au même stade qu'aujourd'hui, à me torturer l'esprit, à me poser des milliers de questions, à ruminer mes propres regrets et reproches ?
Je ne sais pas si je suis en dépression ou non - je ne sais pas à quoi ressemble une dépression et il paraît que ce n'est pas l'image que je renvoie à ceux qui me côtoient fréquemment - mais ce que je sais, c'est que je suis en deuil et qu'après le traitement je serai toujours en deuil.
Je suis certaine que ce traitement ne fera que retarder les choses : il ne résoudra aucune question, il n'effacera pas le manque, il n'éloignera pas les regrets. Il mettra juste ma vie sur pause.

Je sais aussi que les premiers mois de vie d'un enfant sont essentiels à son développement mais:

  1. je ne pense pas me voiler la face en disant que Gaspard est un petit garçon bien dans ses baskets (si, si, il en a : souvenez-vous !), souriant, facile à vivre, curieux de la vie, qui joue, qui dort bien, qui rit, qui pleure (j'ai lu que les pleurs importaient autant que les rires parce qu'un bébé qui pleure, c'est un bébé qui se sent en confiance et qui sait que l'on répondra à ses pleurs) ;
  2. je me demande à partir de quel âge un enfant a le "droit" d'avoir une maman qui ne va pas bien, si ses premiers mois sont si importants. Parce que, si je prends un traitement, ce sera avant tout pour lui alors quand pourrai-je me dire "Gaspard est assez grand pour que je m'autorise à ne pas aller bien" ? Jamais, je crois. On ne juge jamais son enfant assez grand pour ces choses-là.

Je sais que mon entourage proche a confiance en moi par rapport à Gaspard. Je pense que je lui apporte tout ce dont il a besoin affectivement et matériellement - en tout cas, je ne pourrais pas faire plus ou mieux. Je crains simplement qu'il ne reçoive en plus des choses dont il n'a pas besoin. Et c'est de ça que j'aimerais le préserver.

Je crois malheureusement au fond de moi que je suis la seule à détenir les clés : aucun traitement, aucun accompagnement sous quelque forme que ce soit ne pourra faire le travail à ma place. Et ce travail qu'il me reste à accomplir se résume en quelques mots: assumer et accepter la décision que nous avons prise, arrêter de regretter.


30 mai 2014

Psychiatre - Épisode 2

Lundi dernier, j'ai à nouveau rencontré le Dr Terranova. Le calendrier a voulu que ce rendez-vous vienne conclure une semaine de dates particulières :

  • le 18 mai : l'anniversaire de mon mari, que l'on avait fêté à presque quatre en 2013 en pensant qu'on serait bel et bien quatre un an plus tard, mais aussi les huit mois du décès d'Élise,
  • le 19 mai : les huit mois des grumeaux,
  • le 23 mai : les huit mois de l'enterrement d'Élise,
  • le 24 mai : le premier anniversaire de ce jour où notre vie a basculé,
  • le 25 mai : la fête des mères où mon cœur de maman était encore plus coupé en deux.

Alors forcément, dans le cabinet de la psychiatre, on ne peut pas dire que j'étais en pleine forme.

Contrairement à ce que j'avais cru comprendre, je n'ai pas rencontré la psychologue qui devait nous accompagner à domicile ; ce nouvel entretien s'est déroulé en tête-à-tête avec le Dr Terranova.

Neuropédiatrie

Elle a rapidement vu et senti que j'allais moins bien que la dernière fois. J'ai essayé de lui donner une explication rationnelle (la succession récente de toutes ces dates) à la dégradation de mon état mais ça ne lui a pas suffi. L'entretien a beaucoup tourné autour de la culpabilité cette fois. Parce que la culpabilité vous dévore, vous ronge de l'intérieur - elle est insidieuse et s'insinue partout.

Je culpabilise d'avoir tué Élise.
Je culpabilise de ne pas toujours penser à Élise.
Je culpabilise par rapport à Gaspard. D'ailleurs, dimanche dernier - jour de la fête des mères, j'étais tellement mal que j'ai fait un énorme câlin à Gaspard au moment de le coucher. Moi-même je sentais bien que je perdais pied à ce moment-là, je l'embrassais et le caressais en repensant à Élise et à ces mêmes gestes que je n'avais pu faire que quelques fois à peine avec elle. Et comme par hasard, alors que Gaspard dort entre 12 et 14 heures, cette nuit-là, il s'est réveillé six fois - comme si je l'avais perturbé, comme si je lui avais communiqué mon mal-être, comme s'il avait absorbé ma détresse. Je sais bien qu'on peut trouver mille explications à la mauvaise nuit d'un bébé mais vous ne m'ôterez pas de la tête que j'y suis nécessairement pour quelque chose.
Je culpabilise de ne visiblement pas réussir à m'en sortir toute seule.
Je culpabilise quand je me dis que rien ne pourrait être pire que l'absence d'Élise et que cette absence est de notre faute. En même temps, peut-on commettre un tel acte sans le payer toute sa vie ?
Je culpabilise quand j'imagine qu'un accident ou une maladie pourrait laisser Gaspard dans l'état végétatif qui aurait été celui d'Élise à la naissance : et pourtant, si ça arrivait, on ne tuerait pas Gaspard alors pourquoi n'avons-nous laissé aucune chance à Élise ?

Et c'est la nature de nos échanges qui lui a fait réviser son jugement quant au traitement médicamenteux, puisqu'elle m'a avoué qu'elle se posait la question, alors qu'elle l'avait exclu lors de notre premier entretien. Je lui ai rappelé que je n'y étais pas favorable a priori, pas plus que mon mari. Elle m'a alors expliqué qu'il s'agirait de toutes façons d'un traitement léger, qui ne m'abrutirait pas et qui ne modifierait pas mon comportement.
Elle a notamment insisté sur l'importance des premiers mois de vie de Gaspard et la nécessité qu'il bénéficie d'un environnement équilibré pendant cette période de sa vie en particulier.
Elle a précisé que c'était la notion de culpabilité qui ressortait de mes propos qui l'incitait à se poser la question. Elle m'a expliqué que la culpabilité est l'un des symptômes de la dépression. Voilà, le mot est lâché - le mot qui fait peur, le mot qui fait fuir. Je lui ai demandé si cette culpabilité n'était pas normale compte tenu de la décision que nous avions prise. Elle m'a alors fait comprendre (je ne me souviens plus de ses termes exacts) que, huit mois après, ce n'était pas tout-à-fait normal.

Je ne demande qu'à la croire et qu'à être aidée. Après tout, il paraît qu'elle s'y connaît, en deuil périnatal, d'un jumeau qui plus est.

Je dois à nouveau la rencontrer dans une dizaine de jours, accompagnée de mon mari cette fois, notamment pour discuter de l'opportunité de ce traitement.

Mais prendre des anti-dépresseurs, cela implique probablement que j'interrompe la relactation (je vous en reparlerai plus tard) et que nous fassions une croix sur notre espoir d'une nouvelle grossesse dans les semaines ou mois à venir.
Toujours est-il que, si elle me propose effectivement un traitement, ce ne sera pas pour moi mais pour Gaspard que je l'accepterai. Parce que je ne veux pas qu'il souffre de mon état. Car au final, le plus difficile à encaisser au sortir de cet entretien, c'est qu'il semble que je ne suis pas tout-à-fait à la hauteur pour m'occuper de Gaspard. Et si c'est comme ça que je suis censée lâcher prise par rapport à la culpabilité, c'est mal parti...

Posté par Tannabelle à 15:11 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

Psychiatre - Épisode 1

Le 13 mai dernier, j'ai eu mon premier rendez-vous avec le Dr Terranova, une psychiatre spécialisée dans toutes les questions autour de la périnatalité. Je n'attendais pas grand-chose de ce rendez-vous, il faut dire que ce n'est pas vraiment moi qui l'avais sollicité.

J'ai donc eu affaire à cette psychiatre et à un étudiant en médecine qui s'est contenté d'assister, sans y participer, à l'entretien.
Le Dr Terranova est sans doute "familière" de ma situation mais j'ose espérer que si, à la faveur de ce rendez-vous, cet étudiant a découvert (rayez les mentions inutiles) le deuil périnatal d'un singleton, le deuil périnatal d'un multiple, l'interruption médicale de grossesse et/ou l'interruption sélective de grossesse, il a compris des choses, s'est posé et se posera des questions et fera preuve d'humanité et de compréhension s'il est de nouveau confronté à ce type de drame au cours de sa carrière.

Le Dr Terranova m'a reçue dans son bureau de l'hôpital psychiatrique à quelques kilomètres de chez moi. L'hôpital en lui-même est "accueillant" (beaucoup d'espace, de la verdure) mais dans le bâtiment où l'on m'attendait, l'ambiance n'était plus à la flânerie. Tandis que le rez-de-chaussée est consacré aux hospitalisations, le service de consultations se situe au premier étage, à première vue accessible au public uniquement par un escalier. Je m'apprêtais donc à porter Gaspard dans sa poussette pour atteindre le premier étage lorsqu'une soignante m'a aperçue à travers la porte vitrée fermée à clef séparant le hall du service d'hospitalisation et m'a proposé d'emprunter leur ascenseur de service.

Pendant le court instant où la soignante a refermé la porte vitrée derrière moi et a attendu l'ascenseur à mes côtés, un patient hospitalisé qui traînait dans le couloir a fixé obstinément Gaspard du regard - un regard qu'il m'a été impossible de déchiffrer : attendrissement, folie ? Rien de tel pour vous mettre dans l'ambiance et pour vous faire douter à la fois - et c'est paradoxal - de la pertinence de votre présence et de votre propre état mental. Pour résumer, cette question n'a cessé de faire des allers-retours dans ma tête : qu'est-ce que je fais là ?
D'ailleurs, à la fin de l'entretien, après avoir hésité un court instant à me laisser redescendre seule, la psychiatre elle-même m'a raccompagnée jusque dans le hall, hors secteur hospitalisation, justifiant sa décision d'une seule phrase : "il y a quand même des malades en bas".

Une fois arrivée dans le bureau de la psychiatre, j'ai à peine eu le temps d'ôter mon manteau et de découvrir un peu Gaspard qu'elle m'a lancé sans préliminaires : "Racontez-nous". Raconter quoi ? La grossesse ? La descente aux enfers depuis le 24 mai 2013 ? L'accouchement ? Le retour à la maison ? Comment j'ai atterri dans ce bureau ? J'ai finalement essayé de lui présenter un résumé de quelques phrases couvrant tous ces évènements.

Neuropédiatrie

Quand j'ai eu fini, elle n'a pas enchaîné tout de suite en rebondissant sur ce que je venais de lui dire ou en creusant tel ou tel aspect. Il y a eu un blanc - le premier d'une longue série au cours de cet entretien. Dans l'ensemble, il y a eu moins d'échanges qu'avec la psychologue du CHU mais le contexte est différent : elle est psychiatre et pas psychologue et elle découvre l'histoire "après la bataille" et non au fil de l'eau.

Elle m'a finalement et tant bien que mal interrogée sur différents aspects, dans le désordre :

  • Comment avions-nous accueilli l'annonce de la grossesse gémellaire ?
  • Comment s'était passé le retour à la maison avec Gaspard ?
  • Comment mon mari vivait-il la situation ?
  • Comment allais-je ?
  • Quelle relation avais-je avec Gaspard et quels sentiments éprouvais-je pour lui ?
  • Est-ce que je sortais et est-ce qu'il m'arrivait de rester enfermée plusieurs jours de suite ?
  • Avais-je toujours de l'appétit ?
  • Comment était mon sommeil ?
  • Avais-je toujours le goût pour les choses que j'aimais faire avant ?

Je lui ai également parlé spontanément :

  • du manque d'Élise,
  • de la culpabilité liée à la décision de l'ISG,
  • des difficultés liées au deuil périnatal.

Parmi les exemples qu'elle m'a demandés par rapport à ce dernier point, j'ai évoqué la phrase de la médecin de la PMI mais sans préciser de qui elle venait. J'ai hésité - j'aurais dû mais je n'ai pas osé parce que je ne voulais pas l'incriminer. Pourtant je sais que :

  1. ce n'est pas à moi de prendre soin des autres en ce moment - en tout cas pas des "étrangers" et pas comme ça ;
  2. si j'avais été plus précise, elle lui en aurait peut-être parlé et cette médecin aurait peut-être fait moins de gaffes face à d'autres parents ayant perdu un enfant.

Après ces échanges laborieux, et comme je ne savais toujours pas ce qu'elle attendait que je lui dise et ce qu'elle cherchait à comprendre ou à savoir dans mes paroles, j'ai fini par être franche : "je ne sais pas pourquoi je suis venue, je ne sais pas quel est le but de ce rendez-vous". C'est là qu'elle m'a enfin expliqué que son rôle était de déterminer si ma souffrance était normale dans le contexte ou s'il y avait un état pathologique - dépressif, appelons les choses par leur nom - derrière tout ça.

Elle m'a tenu le même discours que la psychologue du CHU lors de notre dernier RDV en février : elle n'est pas favorable aux traitements médicamenteux en cas de deuil (moi non plus, ça tombe bien), elle les juge artificiels et estime qu'un état dépressif n'est pas rare en pareille situation et peut même être nécessaire. Elle a au moins l'air de comprendre que pleurer son bébé est normal, même plusieurs mois après, et ne semble pas encline à me gaver d'anti-dépresseurs.

En lieu et place de ce traitement qui n'était pas à l'ordre du jour, elle m'a proposé un accompagnement à domicile par l'un des membres de son équipe : psychologue, puéricultrice, infirmière psychiatrique, etc. Dans mon cas et compte tenu de ce que je lui ai dit, elle a estimé que la psychologue serait la plus adaptée. Nous sommes alors convenues de nous revoir une quinzaine de jours plus tard pour en rediscuter et - si j'ai bien compris - pour que je rencontre la psychologue avant qu'elle ne vienne chez nous.

25 mai 2014

Un jour presque comme les autres

Aujourd'hui, c'était la fête des mères en France, la première depuis que les grumeaux sont nés.
La première que je passe avec Gaspard. La première que je passe sans Élise.

Ma famille me l'a souhaitée et a compris que, même si je n'attache pas une grande importance à toutes ces fêtes "imposées", c'était un jour particulier. Un jour qui sera toujours particulier, parmi tous ceux qui le sont déjà et qui le resteront toujours.

Aujourd'hui, à droite à gauche, j'ai vu les cadeaux que certains enfants ont préparés pour leurs mamans. Et j'ai imaginé les cadeaux qu'Élise n'aura jamais la joie et la fierté de préparer pour moi.
J'ai lu les souhaits que certains adressaient aux mamans de leur entourage. J'ai notamment vu passer sous mes yeux cette phrase : "Que cette journée des mamans soit la plus belle pour toutes les mamans du monde." Et je me suis dit que cette journée ne pourra jamais être la plus belle.
Je me suis rappelé les cadeaux que j'offrais à ma mère et les poèmes que je lui récitais, dans la chambre de mes parents, le dimanche matin, encore en pyjama, à peine réveillée. Et j'ai pensé que jamais je ne partagerai ces moments-là avec Elise. Jamais.

 

Gaspard est bien sûr encore trop petit pour avoir préparé quelque chose ou même pour avoir simplement conscience de cette fête. Alors c'est le papa qui s'est fait le messager de mon crapaud, à gauche, et de ma grenouille, à droite.

Roses

Tout à droite, c'est le reflet de la "lampe d'Élise"  dans la baie vitrée.
Lampe personnalisée avec d'un côté une photo de la main d'Élise, de l'autre une photo du pied de Gaspard.

Posté par Tannabelle à 22:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

23 mai 2014

24 mai

Aujourd'hui, nous sommes le 23 mai.

Il y a 8 mois, c'était presque la première fois que nous voyions ton visage, que nous prenions ta main, que nous t'embrassions. Et pourtant c'était aussi et surtout la dernière fois.

Demain, nous serons le 24 mai.

Il y a un an, j'avais passé une belle après-midi avec des amis venus égayer mes journées en solitaire.
Nous nous étions amusés de mon statut temporaire de "personne à mobilité réduite", en raison de l'hématome qui m'obligeait à limiter mes déplacements.
Nous avions parlé des sexes qui devaient rester secrets jusqu'à la naissance.
Nous avions évoqué les trois couples de prénoms que nous avions choisis.

Il y a un an, mon mari et moi étions sur le point de découvrir que la vie peut se comporter en traîtresse.
Il y a un an, mon mari et moi étions sur le point de recevoir un message de ces amis désireux, en toute bienveillance et en toute innocence, de savoir si mon statut de PMR était prolongé ou non.
Il y a un an, mon mari et moi étions sur le point d'apprendre les sexes de nos jumeaux de façon un peu fortuite.
Il y a un an, mon mari et moi étions sur le point de commencer à appeler, un peu plus tôt que prévu, nos jumeaux par leurs prénoms.

Il y a un an, notre vie a commencé à basculer. Lentement, progressivement, inexorablement.

Ce 24 mai 2013, la plus grosse inquiétude que nous a laissée l'échographie était liée à la fente labio-palatine d'Élise.
C'était l'anomalie la plus visible.
C'était l'anomalie la plus grave.
C'était l'anomalie qui avait bien voulu dire son nom immédiatement.
C'était l'anomalie définitive, celle qui ne pourrait de toutes façons pas disparaître d'elle-même in utero.
C'était l'anomalie qu'il faudrait traiter et opérer dès les premiers mois de vie d'Élise.
C'était l'anomalie qui nous "parlait" le plus, à nous, les profanes.
C'était l'anomalie qui nous laissait entrevoir que nous avions des moyens d'action.
C'était l'anomalie qui ne nous interdisait pas de nous projeter.

Ce 24 mai 2013, nous avons occulté la deuxième anomalie d'Élise : la dilatation des ventricules de son cerveau.
C'était l'anomalie la moins visible.
C'était l'anomalie la moins grave.
C'était l'anomalie qui pouvait n'être qu'une fausse alerte, celle qui pouvait stagner, voire régresser ou même se résorber d'elle-même in utero.
C'était aussi l'anomalie qui faisait peur, celle-dont-il-ne-fallait-pas-prononcer-le-nom.
C'était surtout l'anomalie qui pouvait faire basculer notre vie.

Cosmopolitan (bis)

Je suis à la une de Cosmopolitan !

Pour être honnête, c'est mon blog qui est à la une de Cosmopolitan.
Pour être un peu plus honnête, c'est dans la rubrique Psycho de Cosmopolitan que mon blog est à la une.
Pour être tout-à-fait honnête, c'est dans la rubrique Psycho du site Internet de Cosmopolitan que mon blog est à la une.

Mais peu importe : cela veut quand même dire que mon blog a attiré et retenu l'attention !

Et je suis certaine que vos votes n'y sont pas étrangers alors : MERCI !

Et si vous ne me croyez pas, voici la preuve en image !

Cosmopolitan
Capture d'écran réalisée il y a quelques minutes

Dépêchez-vous d'aller le vérifier de vos propres yeux car les blogs à la une ne le sont que pour une semaine et je ne sais pas depuis quand le mien est à l'honneur : ils ne m'ont même pas prévenue, les saligauds ! Je l'ai découvert par hasard ce matin alors que c'était la première fois que j'avais l'idée d'aller vérifier.

Posté par Tannabelle à 11:04 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,