18 septembre 2016

Faute de conjugaison

Ça devait être plus que parfait
Tu devais être notre présent
Et notre futur
 
Malgré notre amour inconditionnel
Tu n’as été qu’un conditionnel
Et tu n’es plus qu’un im-parfait

Réflexion


3 (s)ans

Combien sommes-nous à savoir, au-delà de l’idée intime de la finitude de l’être humain, que notre enfant va mourir ? Cette idée qui plane au-dessus de notre tête et de nos jours de fête…

Combien sommes-nous à préparer la mort de notre enfant ?
Combien sommes-nous à savoir comment notre enfant va mourir ?
Combien sommes-nous à savoir pourquoi notre enfant va mourir ?
Combien sommes-nous à savoir de quoi notre enfant va mourir ?
Combien sommes-nous à savoir par qui notre enfant va mourir ?
Combien sommes-nous à savoir à cause de qui notre enfant va mourir ?
Combien sommes-nous à décider que notre enfant va mourir ?

Combien sommes-nous à être le spectateur de la mort de notre enfant ?
Combien sommes-nous à être – pire encore – le théâtre de la mort de notre enfant ?
Combien sommes-nous à en être le metteur en scène ?
Combien sommes-nous à en être le souffleur ?

Je ne sais même pas pourquoi je m’attarde sur ce « combien », car en réalité je me fiche de connaître ce nombre : il est trop grand, puisqu’il est. ll est trop grand, puisque j'en fais partie.

 

Je t’ai pris la vie
Tu as rendu l’âme
Mais je ne sais pas à qui

Larme

04 septembre 2016

Pas celle que vous croyez

Vendredi matin, Gaspard a fait sa première rentrée scolaire. À part quelques pleurs au moment où nous avons quitté la classe, tout s'est bien passé. De toutes façons, je n'étais pas spécialement inquiète : il ne parle que de l'école depuis des semaines, il est propre (même la nuit, je n'en demandais pas tant !), il retrouve quelques camarades de la crèche dans son école et même dans sa classe. Bref, je n'avais vraiment aucune raison de pleurer pour la rentrée de Gaspard.

Sauf que, alors que nous passions quelques minutes avec Gaspard (et Hector, venu accompagner son grand frère et qui s'est encore plus vite acclimaté à la classe !) le temps que son instit' accueille les autres enfants, je me suis effondrée, au vu et au su de tous les autres parents... Et cette situation m'a rappelé le credo de ma copine Hélène : ne jamais préjuger, ne jamais présumer ! J'ai dû passer pour une mère poule incapable de couper le cordon ou désespérée de voir son fils grandir trop vite. Et pourtant, ce n'était pas pour la rentrée de Gaspard que mes larmes ont coulé à flots, mais bien pour la non-rentrée d'Élise...

Alors ne présumez jamais, ne préjugez jamais, restez ouverts d'esprit. C'est ce que je m'efforce de faire aussi depuis un moment...

Neuropédiatrie

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02 septembre 2016

Rentré(e)

J'ai préparé ton sac consciencieusement.
Nous avons choisi ensemble tes vêtements.
Nous avons petit-déjeuné en même temps.
Tu as enfilé tes nouvelles chaussures.
Nous sommes partis à pieds, sous un soleil timide.
J'ai serré ta main dans la mienne tout au long du chemin.
Nous avons rejoint ta salle de classe.
Je t'ai adressé mon plus large sourire pour te transmettre toute ma confiance.
Nous nous sommes dit "à ce midi !" en nous embrassant.

Et puis je me suis réveillée, en ce jour de première rentrée scolaire pour ton frère jumeau...

Réflexion

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26 août 2016

Éclairer, voler ou voguer

Des semaines, même des mois, sans écrire... mais il ne fallait pas désespérer : me revoici ! Et en cette (presque) rentrée, j'ai même pris l'ambitieuse résolution de rétablir un peu le rythme de publication. Nous verrons si j'arrive à lui épargner, contrairement à la plupart de ses consœurs en général, les oubliettes !

Et pour célébrer mon "retour", je vous propose une photo du dernier tatouage que je me suis offert, chargé en symboles évidemment.

Plutôt qu'avec un dessin particulier en tête, c'est avec une seule et unique tatoueuse que je voulais travailler cette fois. Une tatoueuse découverte à travers son book dans un shop près de chez nous, en région rouennaise donc, mais qui vit aujourd'hui à Bruxelles. J'ai nommé : Capitaine Plum (http://capitaineplum.blogspot.fr et https://fr-fr.facebook.com/CapitainePlumTattoo/).
Après avoir largué les petits chez les papi-mamie, nous avons donc fait un saut, mon mari et moi, au début de nos vacances qui s'achèvent tout juste, dans la capitale belge pour concrétiser le tatouage que Plum et moi avions imaginé par mail et par Skype. Jusqu'au jour J, je ne savais pas précisément à quoi il allait ressembler. Finalement, après quelques tout petits ajustements, c'est de cette mini (tout est relatif : c'est le plus grand et le plus visible de mes cinq tatouages) œuvre d'art que j'ai laissé Plum imprégner ma peau :

image

Le personnage féminin, c'est moi, où mes trois enfants ont pris racine.
L'étoile, c'est Élise qui nous éclaire.
L'avion, c'est Gaspard qui vole vers son avenir.
Le bateau, c'est Hector qui vogue vers son avenir.

Au départ, Plum avait voulu donner une place particulière à Élise en la personnifiant en une petite fille pointant le doigt vers une étoile, mais je tenais à ce que ce tatouage ne mette aucun de mes enfants ni en valeur ni en retrait. Je lui ai donc demandé de garder ce personnage en lui donnant une autre interprétation et de déplacer l'étoile.

Au final, le tatouage correspond à mon envie initiale et à la vision que j'ai - aujourd'hui, enfin - de mes enfants, comme un témoignage de l'étape où je suis arrivée en ce moment.

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29 mai 2016

Fête des mères

Fête des mères
Fête amère
Et éphémère

Fête des mères
Faite de chimères
Fête des mères
Fête des chimères

Fête des mères
Faites des mères
Des mères faites
Et défaites

Défaites des mères

Larme

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24 mai 2016

Chaussons et claquettes

Pendant le repas de ce soir, Gaspard, assis à côté de son papa, a tripoté le bracelet que je lui ai offert pour Noël 2015 : le bracelet dont le médaillon porte sur une face les empreintes de pied de Gaspard et sur l'autre, celles d'Élise. Il a alors demandé à voir de plus près les deux faces et, lorsqu'il a été question des empreintes d'Élise, mon mari a fait remarquer à Gaspard que c'étaient les mêmes empreintes que sur la couverture du "livre d'Élise", placé à l'étage d'Élise dans la bibliothèque du salon, visible depuis la table où nous prenons nos repas.

empreintes Élise

Un peu trop loin de la bibliothèque à son goût, Gaspard a affirmé ne pas bien voir. Mon mari est donc allé chercher le livre en question et s'est assis dans le canapé, où l'a rejoint Gaspard. Ils ont alors parcouru toutes les pages ensemble.

Et nous avons de nouveau eu le droit de voir Élise – et leur naissance à tous les deux – à travers ses yeux d'enfant.

Sur un gros plan en couleur de son visage : "Oh, elle a quoi, là ?!"
Sur une photo de lui et elle avec moi : "C'est qui, là ?"
Sur une autre photo : "Il est où, Hector ?"

Mais la photo qui a retenu son attention le plus longtemps est l'une de celles où l'on voit Élise dans son cercueil, entourée notamment de sa grenouille, tricotée par ma mère, et des petits chaussons que je lui avais tricotés.
Gaspard a reconnu la grenouille, puisqu'il a la même mais avec les couleurs inversées et puisque j'ai exactement la même qu'Élise (avec laquelle je dors CHAQUE soir, où que je sois).
Voyant les minuscules chaussons en question, il a demandé ce que c'était, sans faire de commentaire sur le coup... jusqu'à ce qu'il nous sorte : "Élise, elle a que sa grenouille et ses chaussons. Mais nous (en parlant de Hector et lui), on a des caqulettes*."
Cette phrase, par sa simplicité et son réalisme, m'a transpercé le coeur. En effet, mon Crapaud, c'est là toute la différence : vous, vous avez des claquettes mais Élise n'en aura jamais.

*ces caqulettes sont en fait des claquettes : vous savez, les petites sandales en pseudo-mousse rigide pour la plage

Ce que j'ai aimé dans la séquence émotion de ce soir, c'est son égocentrisme et son étonnement sans filtre d'enfant.
Ce que j'ai moins aimé, c'est de me sentir, une fois de plus, prise au dépourvu par ce genre de moment, que j'attends pourtant autant que je redoute.

Et puis ce que j'ai moins aimé aussi, c'est me rendre compte que Hector et Élise sont pour ainsi dire étrangers l'un à l'autre.
Par rapport à Gaspard, leur gémellité implique de fait un lien entre eux - un lien particulier, qui plus est.
Mais qu'est-ce qui relie Élise à Hector ? Ils n'ont pas existé dans la même vie, dans le même espace-temps. Il n'y a aucun souvenir en commun, rien de tangible entre eux, rien sur quoi construire un imaginaire, fantasmer une relation.

À partir de là, est-ce que Hector verra Élise comme sa sœur ?
Cette question, qui m'a sauté à la figure ce soir, m'a fait penser à ce que m'avait rapporté une maman de jumeau esseulé qui a eu une petite fille après ses jumeaux. Et lorsque la petite sœur, qui n'avait donc pas connu le jumeau décédé, parlait de lui à son frère, elle disait "ton frère" et non "mon frère" ou "notre frère".

Qu'est-ce qu'elle est, Élise, pour nous ? Pour Gaspard ? Pour Hector ?
Un fantôme ? Une idée ? Une chimère ?

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03 mai 2016

Un de plus

Ce matin, après l'inscription en mairie il y a quelques semaines, je suis allée inscrire Gaspard à l'école directement.

Rencontre avec la directrice tout ce qu'il y a de plus classique : "Bonjour-Madame-Bonjour-Gaspard-Tu-es-content-d-aller-à-l-école-?" et blablabla.

Arrive ensuite la question fatidique :
- Il a des frères et sœurs ?
- Une sœur jumelle décédée et un petit frère.
Et elle de noter, sous mes yeux, sur sa fiche d'inscription – seulement, uniquement, exclusivement : "Un petit frère".

Mais p*****, je viens de te dire qu'il avait AUSSI une sœur ! Jumelle, qui plus est. Décédée, certes. Mais une sœur quand même.
Et si je t'en parle - devant lui a fortiori – tu aurais peut-être pu comprendre :

  • que sa sœur existe pour nous,
  • que sa sœur existe pour lui,
  • que ce n'est pas un tabou pour nous,
  • que ce n'est pas un tabou pour lui,
  • que c'est important pour nous qu'elle soit reconnue.

Mais non, on est dans le "bête et discipliné", dans l'administratif, dans le "ça rentre pas dans les cases" alors on élude et on fait semblant de rien. C'est plus simple pour tout le monde. Pour tout le monde sauf pour nous.

Et un petit tour de couteau supplémentaire dans la plaie béante de mon cœur...

Larme

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01 mai 2016

Bientôt

Avant-hier, c'étaient les 3 ans du blog... et je n'ai même pas le temps de les fêter comme il se doit !
(Je n'avais déjà pas tenu la promesse que j'avais faite pour ses 2 ans : refaire un bilan statistique complet ! Honte sur moi !)

Mais...

Bientôt, je transformerai mes pensées en billets.
Bientôt, je viderai les tiroirs poussiéreux de mon blog.
Bientôt, je répondrai aux messages qui traînent dans la boîte-aux-lettres du blog depuis des jours, des semaines, des mois (mais pas encore des années, mauvaises langues !).
Bientôt, je vous dirai où j'en suis.
Bientôt, je vous raconterai ce qui a changé - ou pas - dans ma vie ces derniers mois.

Bientôt, je ne serai plus débordée professionnellement !

Je reviens dans cinq minutes

... dans cinq minutes... ou un peu plus ! :-)

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14 avril 2016

On est bien peu de chose

Après l'hospitalisation de Hector la semaine dernière pour déshydratation, Gaspard a manqué de s'étouffer en mangeant ce soir... Au final, ils vont bien et c'est l'essentiel, mais il suffit de peu de choses pour que la fragilité de la vie se rappelle à nous...

Une gastro un peu virulente, une banale fausse route et les sentiments les plus oppressants remontent à la surface, charriant avec eux l'idée que tout peut - de nouveau - basculer...

Le deuil périnatal, c'est avoir tatouée dans son âme la certitude que l'idée de perdre un enfant peut devenir réalité.
Le deuil périnatal, c'est cette lucidité qui nous étreint le cœur à la moindre alerte.
Le deuil périnatal, c'est avoir gravée en soi l'idée que rien n'est acquis, jamais.

 

Le titre que j'ai choisi spontanément pour ce billet me rappelle une chanson que j'aimais déjà beaucoup avant Élise et qui résonne encore plus depuis elle :

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin

À l'aurore je suis née
Baptisée de rosée
Je me suis épanouie
Heureuse et amoureuse
Aux rayons du soleil
Me suis fermée la nuit
Me suis réveillée vieille

Pourtant j'étais très belle
Oui j'étais la plus belle
Des fleurs de ton jardin

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin

Vois le dieu qui m'a faite
Me fait courber la tête
Et je sens que je tombe
Et je sens que je tombe
Mon cœur est presque nu
J'ai le pied dans la tombe
Déjà je ne suis plus

Tu m'admirais hier
Et je serai poussière
Pour toujours demain

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Est morte ce matin

La lune cette nuit
A veillé mon amie
Moi en rêve j'ai vu
Éblouissante et nue
Son âme qui dansait
Bien au-delà des nues
Et qui me souriait

Crois celui qui peut croire
Moi, j'ai besoin d'espoir
Sinon je ne suis rien

Ou bien si peu de chose
C'est mon amie la rose
Qui l'a dit hier matin